Book Club des Cotonettes 1 – Une Si Longue Lettre de Mariama Bâ

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D’aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours aimé lire. Je lisais tout ce qui pouvait se lire dans la maison. Au collège, je terminais toujours les livres imposés avant tout le monde, j’en suis même arrivée à lire des gros pavés comme L’Assommoir de Zola alors qu’ils n’étaient même pas imposés. Mais ce qui m’a toujours plu c’était de lire les histoires de personnes auxquelles je pouvais m’identifier. Les romans de littérature africaine étaient ma petite madeleine de Proust, ce qui m’a conduite, il y a quelques années à me constituer une petite bibliothèque afro-africaine.

Motivée par vos retours lors de la dernière édition de l’Aprem des Cotonettes, j’ai donc souhaité partager avec vous cette passion en vous proposant chaque mois de choisir un livre d’auteur(e) afro-descendant(e). Les votes se font sur nos comptes Facebook et Instagram et la lecture débute le 10 du mois.

 

Book Club des Cotonettes – Une si longue Lettre de Mariama Bâ

 

Pour le mois d’Octobre, dans la catégorie Auteur(e) Africaine Roman/Biographie/Aventure, votre choix s’est porté sur Une si longue Lettre de Mariama Bâ

Une si longue lettre est une œuvre majeure, pour ce qu’elle dit de la condition des femmes. Au cœur de ce roman, la lettre que l’une d’elle, Ramatoulaye, adresse à sa meilleure amie, pendant la réclusion traditionnelle qui suit son veuvage.
Elle y évoque leurs souvenirs heureux d’étudiantes impatientes de changer le monde, et cet espoir suscité par les Indépendances. Mais elle rappelle aussi les mariages forcés, l’absence de droits des femmes. Et tandis que sa belle-famille vient prestement reprendre les affaires du défunt, Ramatoulaye évoque alors avec douleur le jour où son mari prit une seconde épouse, plus jeune, ruinant vingt-cinq années de vie commune et d’amour.
La Sénégalaise Mariama Bâ est la première romancière africaine à décrire avec une telle lumière la place faite aux femmes dans sa société.

 

Une si longue Lettre de Mariama Bâ : la revue

 

Un roman m’a rarement mise aussi en colère. Une colère qui déjà bouillonnait certainement en moi car tous les faits décrits dans cette lettre sont toujours d’actualité chez moi au Gabon. C’est certainement le livre que j’ai le plus annoté car quasiment chaque page donnait matière à réflexion.

Déjà, savons-nous choisir nos confident(e)s ? Qui sont ces personnes à qui on peut tout dire de nos peurs, nos doutes, nos douleurs, nos contradictions, nos luttes intérieures derrière le masque du « oui ça va » ? Une confidente, c’est ce qu’est Aïssatou pour Ramatoulaye. Je vous souhaite d’avoir un(e) confident(e) digne de confiance qui pourra comprendre et ne pas sortir des phrases toutes faites dans ce type de situations.

Une si longue lettre est une thérapie par l’écrit. En racontant les détails du long chemin de son mariage à son veuvage en passant par son expérience de la polygamie, Ramatoulaye essaie de survivre. Sa vie n’est qu’humiliation et désillusion au goût amer page après page.

D’abord, elle épouse un homme sans la bénédiction de ses parents car elle choisit l’amour passionné plutôt que les convenances sociales. Puis, elle se voit imposer une co-épouse et la désertion du mari tant aimé. A la mort de celui-ci, elle découvre les dettes énormes contractées pour assurer un train de vie faste à la deuxième épouse. Mon niveau de colère a atteint un pic à ce moment de ma lecture.

Les hommes, tels qu’ils sont décrits dans ce roman, ne sont que domination et lâcheté, se cachant derrière la tradition, la religion et les pulsions sexuelles pour imposer leur vision de la vie. Les grands rêves qu’ils nourrissent pour leur pays sont en parfaite contradiction avec leur comportement envers leurs épouses et leurs familles, alors que la nation se bâtit dans le cadre privé de la famille. Comment élevons-nous nos garçons ? Quelles valeurs leurs transmettons-nous ? On ne redresse pas un vieux cocotier tordu, aussi je suis sincèrement convaincue que c’est dès l’enfance qu’il faut insuffler un certain savoir-être à nos garçons.

 

Une si longue Lettre de Mariama Bâ: Extraits et commentaires

 

« C’est le moment redouté de toute Sénégalaise, celui en vue duquel elle sacrifie ses biens en cadeaux à sa belle-famille, et où, pis encore, outre les biens, elle s’ampute de sa personnalité, de sa dignité, devenant une chose au service de l’homme qui l’épouse, du grand-père, de la grand-mère, du père, de la mère, du frère, de la sœur, de l’oncle, de la tante, des cousins, des cousines, des amis de cet homme. Sa conduite est conditionnée : une belle-sœur ne touche pas la tête d’une épouse qui a été avare, infidèle ou inhospitalière. »

Ce passage à lui seul résume la situation d’injustice odieuse dans laquelle une femme vit son mariage et la mort de son époux. Perdre l’être aimé n’est pas assez difficile à vivre, non! Il faut encore sacrifier corps, âme, esprit, argent et biens matériels au profit de la belle-famille toute puissante! Révoltant! Au point où, dès la nouvelle du décès tombée, la femme doit absolument, avant même de verser une larme, aller cacher les papiers importants et le testament qui vont assurer son avenir et celui des orphelins.

 

Et je pense encore : combien de morts auraient pu survivre si, avant d’organiser ses funérailles en festin, le parent ou l’ami avait acheté l’ordonnance salvatrice ou payé l’hospitalisation.

Peut-être du fait de mes convictions religieuses, je n’accorde pas beaucoup d’importance aux rituels autour de la mort. Je comprends encore moins comment on en arrive souvent à sortir des sommes faramineuses pour organiser des funérailles « dignes » quand on ne faisait justement aucun cas de la personne de son vivant. A se demander si la mort est plus importante que la vie sous nos latitudes.

 

Docteur, prenez garde[…].Souvent les maux dont on vous parle prennent racine dans la tourmente morale. Ce sont les brimades subies et perpétuelles contradictions qui s’accumulent quelque part dans le corps et l’étouffent.

Pour un roman publié en 1979, je trouve avant-gardiste d’aborder la question de la santé mentale et plus particulièrement de la dépression, encore trop négligée en Afrique. On attend trop souvent que la personne en arrive à l’implosion fulgurante qui pousse à marcher nue et parler de manière incohérente dans la rue pour réagir. Et même dans ce cas, on accuse la sorcellerie alors que c’est la manifestation de la souffrance émotionnelle quotidienne.

 

Je t’avertis déjà, je ne renonce pas à refaire ma vie. Malgré tout – déceptions et humiliations -, l’espérance m’habite. C’est de l’humus sale et nauséabond que jaillit la plante verte et je sens pointer en moi des bourgeons neufs. 
Le mot bonheur recouvre bien quelque chose, n’est-ce pas ? J’irai à sa recherche. Tant pis pour moi si j´ai encore à t’écrire une si longue lettre…

J’aime le fait qu’elle finisse sur cette note optimiste. Parce qu’elle a encore la vie devant elle…

 

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Besos!

L.

 

Lydvina - Rédactrice Lifestyle

Avec plus de 8 ans de blogging dans le compteur, je constate que la petite bourse n'empêche pas le bel art de vivre à la française ! C'est ce que je vous démontre en partageant mon carnet de sorties culturelles, les bonnes adresses restaurants, les expositions à voir ou les livres à dévorer sur les terrasses de café.

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