Lagos state of mind !

Parisienne et fière ! Je pense que je vous l’ai déjà dit dans mes articles précédents, j’aime Paris.  Mon équipe de foot préférée : le PSG. Où je m’imagine en vacances dans quelques années ? Sur une terrasse, sirotant un verre de vin demi sec admirant la tour Eiffel et ses lumières. Mais … je ne suis pas que parisienne, d’ailleurs j’ai l’âme d’une parisienne mais je suis métisse, un savant mélange Cameroun et Nigéria.

Je suis métisse 237 et 234 !
Je suis métisse 237 et 234 !

Alerte info Larousse, je souhaiterai que l’on s’attarde sur la définition de métisse avant d’aller plus loin. Selon le Larousse est métisse (l’individu)

Qui est issu de l’union de deux personnes d’origine ethnique différente.

C’est totalement mon cas, donc nous ne discuterons pas là-dessus je revendique mon métissage, je suis fière d’être Duala ET Yoruba. Ceci étant dit, pour beaucoup de raisons, je suis plus (culturellement parlant) proche de mon côté douala que de mon côté yoruba. Ceci vient essentiellement du fait que le côté yoruba est celui de maman, et que elle-même est issue d’un métissage de parents eux-mêmes issus de cultures différentes. Après avoir perdu son mari très tôt ma grand-mère a quitté Lagos et est retournée à Douala avec ses enfants, donc ma mère bien qu’étant née à Lagos, a vécu plus longtemps à Douala et à Paris qu’elle n’a jamais vécu dans l’ancienne capitale nigériane. Mais, Lagos reste sa ville, la ville de mon grand-père, une rue porte d’ailleurs son nom, et nous en sommes très fiers.

Shiro street
Shiro street

Alors, oui, je ne sais de Lagos que ce qu’on m’en a dit. J’y ai été une fois, il y a longtemps, et mes souvenirs de petite fille ont sûrement été altérés mais ahhhh (cri d’excitation)  j’ai tellement envie d’y retourner, d’aller revoir avec mes yeux d’adulte ce que mes yeux d’enfant ont vu. D’ailleurs, par moment, une odeur, une atmosphère me rappelle ce séjour exceptionnel. Alors, oui Lagos et ses embouteillages, Lagos et son insécurité mais pour moi Lagos c’est aussi : la joie, la musique, un vacarme agréable, les sourires de ma famille, les repas tous ensemble assis autour de bons plats cuisinés par mon auntie. Je n’ai pas eu la chance de connaître mon grand-père mais, ma mère n’a rien perdu de sa culture Yoruba, je n’en ai pas profité petite parce que je n’avais pas particulièrement ressenti le besoin d’aller au-delà des chansons de Fela. Quelques années plus tard, je ne saurai vous dire pourquoi (non ce ne sont pas les tubes des P Square, c’était avant :-)), peut-être que j’étais en pleine quête identitaire, j’ai eu envie de découvrir cette culture qui est en fait une partie de moi.

I am Yoruba and proud Photo prise ici
I am Yoruba and proud Photo prise ici

Aujourd’hui l’Afrique en général, et dans une certaine mesure, le Nigéria en particulier est très en vogue. L’industrie culturelle nigériane a particulièrement réussi son exportation : musique, littérature, séries et cinéma, où que l’on soit sur le globe on a je crois au moins une référence culturelle nigériane. Des P Square en passant par Chimamanda Ngozi Adichie, le skelewu, et Nollywood, les références se multiplient avec le temps. Lagos attire peut-être un peu plus que les autres villes du pays, du moins, moi je suis plus attirée par Lagos. J’ai cette impression qu’être à Lagos c’est être au coeur de toute cette effervescence, de cette création constante. Je me dis, qu’il est impossible d’être à Lagos et de n’avoir rien à faire. J’ai du mal à concevoir une (ma?) vie à Lagos plate, ennuyante et sans activité, je vois Lagos comme une ruche avec des abeilles en perpétuel labeur. Moi qui suis légèrement hyperactive, je rêve de vivre dans un tel environnement.

Lagos by Folarin Shasanya photo prise ici
Lagos la ville qui ne dort jamais photo de Folarin Shasanya prise ici

En attendant, je me cultive, j’apprends à connaître mes origines. Comment me demanderez vous ? Déjà j’ai la chance d’avoir de la famille sur place avec qui je suis souvent en contact. C’est pratique, d’abord pour les traductions de refrain lol, mais aussi et surtout pour avoir des informations sur la ville surtout par ces temps (#stopbokoharam). Ensuite, ma Iya (maman en yoruba) est aussi une bonne traductrice, lorsque je veux dire certaines choses, je lui demande. Je vais sur beaucoup de forums aussi, notamment quand c’est un terme entendu dans une chanson comme Ileke (perle en français) titre d’une chanson de Tiwa Savage. D’ailleurs, dans cette chanson de son premier album Tiwa cite les perles nigérianes que sont Geneviève, Linda Ikeji, Tonto Dikeh et d’autres femmes célèbres. Nollywood est le moyen par excellence pour découvrir la culture nigériane, mais ne vous ruez pas sur vos télécommandes, Nollywood TV proposé par certains bouquets ici est en français. Il n’y a pas les intonations, les expressions et tout ce qui fait la saveur des dialogues nigérians, par exemple un « chineke God » équivalent du OMG américain ne prend pas tout son sens avec un  simple Oh mon Dieu. vous n’entendrez jamais le « ah ah » signe d’étonnement très fréquemment prononcé par les naija. Mymou, m’a fait découvrir il y a quelques années Iroko TV que vous pouvez prendre en abonnement pour à peu près 20€. A l’époque on regardait sur Youtube, mais je ne suis pas certaine qu’il y ait encore beaucoup de films.

Nollywood l'industrie du cinéma nigériane
Nollywood l’industrie du cinéma nigériane (10 films à voir selon cet article)

En matière de musique, la réputation des nigérians n’est plus à faire je ne m’étendrai donc pas dessus. Ma mère, ses frères (qui sont musiciens pour certains) ne jurent que par Fela. D’ailleurs, lorsqu’ils sont réunis ils souvent des bœufs, j’ai eu l’immense plaisir de les accompagner la dernière fois qu’ils en ont fait un et Fela était encore une fois à l’honneur. Je voulais vous expliquer ce qu’incarne Fela pour moi au-delà d’un artiste d’exception mais ce serait long. Je vous propose donc plutôt de regarder ce documentaire qui est en plusieurs parties. Je me suis légèrement éloignée du sujet en parlant de la culture nigériane en général. Pour en revenir à Lagos, la ville la plus peuplée d’Afrique, j’ai encore pu me faire une idée de ce que c’était que d’y vivre grâce à la version nigériane de Shuga [NDLR: Lupita Nyongo a joué dans la version kényane]. Shuga est un projet de sensibilisation des jeunes à la pandémie du Sida à travers des séries montrant le quotidien d’un groupe d’amis et particulièrement les situations à risques auxquelles ils doivent faire face. Ce que j’apprécie dans cette série, (en dehors de Chris mon chocolat Attoh) c’est qu’au delà de la simple sensibilisation à l’abstinence, aux moyens de protection etc d’autres sujets sont abordés, comme la discrimination, le regard des autres, les difficultés de la vie étudiante. Je vous invite à regarder cette série, comme je vous l’ai dit il existe aussi une version kenyane qui se déroule à Nairobi et grâce à laquelle Lupita Nyongo a été découverte.

Shuga Naija
Shuga Naija

Pour continuer de m’imprégner de l’atmosphère de Lagos, j’ai noté dans mes « must read » le livre de Chimamanda Ngozi Adichie : Americanah . Dans Americanah, l’auteure évoque le retour au pays d’une jeune nigériane qui était partie continuer ses études à Philadelphie quelques années plus tôt. Elle y aborde un sujet qui me tient particulièrement à coeur : le retour au pays et cette impression d’être à la fois d’ici et d’ailleurs. Chimamanda Ngozi dont vous avez sûrement entendu une partie du discours, voici l’intégralité de son discours, elle fait partie de ces femmes que j’apprécie énormément et je partage son point de vue sur de nombreux sujets. Elle est surtout très douée et pour celles qui aiment la lecture, ne vous privez pas du plaisir de dévorer ses écrits (en français ou en anglais). Je pourrai continuer comme ça encore longtemps. Notre amie L. m’a d’ailleurs fait remarquer que j’écris depuis un moment lol, je vais donc vous laisser. Je vous parlerai du gele et des tenues dans un autre article où je vous présenterai mes cultures sous un autre angle beaucoup plus féminin (on parlera mode, cuisine et secrets de beauté). Si vous souhaitez écouter un peu de musique straight from Nigeria, voici les titres qui me font danser ces derniers temps : Godwin et Aww des protégés de Don Jazzy; Ileke et Shout out de Tiwa Savage (qui fait aussi partie de la team de Don Jazzy) qui sont un peu vieux mais je ne m’en lasse pas. Bonne écoute.

Les premiers livres de Chimamanda Ngozi Adichie (photo prise ici)
Les premiers livres de Chimamanda Ngozi Adichie (photo prise ici)

Bisous

S.

Tombée dans une marmite de "pattes de chien", S. se ballade partout: sur le web, dans les rues parisiennes, elle danse sur tous les rythmes, déguste les saveurs du monde entier. Une petite curieuse qui partage avec vous ses découvertes, ses coups de cœur et ses passions.

7 Comments
  1. Je sors de l’ombre ! Je ne peux pas résister à ce post !!! Je parle souvent du Nigéria, Nollywook et « le » Naija sur mon blog, pas que j’en suis originaire, mais que mon conjoint est de ton autre pays, et qu’un jour, obligé, on ira à Lagos ou Abuja !!! (Au Ghana aussi, bon ok, j’avoue). On a fait la Nollyweek l’an passé à Paris, c’est à ne pas manquer ! Et en ce moment, y’a pas mal de monde qui vient en France pour donner des chouettes concerts (Davido…). Une collègue a bossé quelques années à Lagos, elle a juste adoré ! Bref, il m’attire vraiment ce pays, alors lire des articles dessus aussi complets, enjoués, c’est trop top ! Merci !

    1. Hello,
      Merci beaucoup ! Ravie que mon article te plaise !! Tu passeras le « odabo » (bonjour) a ton conjoint de ma part 😉 j’étais à la nollyweek avec mymou d’ailleurs et au concert de Davido ou j’ai rencontré une nigériane et ses filles qui sont métisses camerounaises-nigérianes comme moi !
      Quel est ton blog que je passe y faire un tour ! Je sens que je vais me régaler !
      Bisous
      S.

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